Rappel du contexte : la loi Avenir professionnel et ses évolutions
La loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel a posé les bases du système actuel de formation professionnelle en France. Elle a notamment instauré le CPF monétisé (en euros plutôt qu'en heures), créé le dispositif démission-reconversion, réformé le financement de la formation via les OPCO et lancé la plateforme Mon Compte Formation.
Depuis 2018, ce cadre législatif a connu plusieurs évolutions significatives, et 2025-2026 marque une nouvelle vague de transformations. La pression budgétaire sur France Compétences (l'organisme chargé de réguler et financer le système), conjuguée aux enseignements tirés des premières années de mise en oeuvre, a conduit le législateur à réviser plusieurs règles fondamentales.
Pour les personnes en projet de reconversion, ces changements ont des implications directes sur les montants disponibles, les critères d'accès aux dispositifs et les démarches à accomplir.
Changements sur le CPF : plafond, reste à charge et monétisation
Le CPF reste le dispositif central de financement de la formation individuelle, mais il a subi trois évolutions majeures ces dernières années :
Le reste à charge de 150 euros
Instauré par la loi de mai 2024, le reste à charge de 150 euros s'applique désormais à toute utilisation du CPF à titre individuel. Seuls les demandeurs d'emploi, les travailleurs handicapés et les salariés bénéficiant d'un abondement suffisant de leur employeur ou de leur OPCO en sont dispensés. Cette mesure a sensiblement réduit le nombre de formations initiées sans lien avec un projet professionnel structuré.
Le plafond de prise en charge horaire
France Compétences a progressivement durci les règles de fixation des prix des formations éligibles au CPF. Des plafonds horaires ont été imposés par certifications et par secteurs, réduisant le coût apparent de certaines formations qui avaient été jugées surévaluées. Pour les personnes en reconversion, cela signifie que les formations vers les métiers porteurs (développement web, data, comptabilité, RH) restent éligibles, mais à des coûts encadrés.
La lutte contre la fraude et les formations de faible valeur
Plusieurs vagues de déréférencement ont été conduites sur Mon Compte Formation pour éliminer les formations certifiées de façon contestable ou présentant un faible taux de réussite. En 2025-2026, seules les certifications inscrites au RNCP (Répertoire National des Certifications Professionnelles) ou au RS (Répertoire Spécifique) avec des taux de passage à l'emploi satisfaisants devraient être maintenues.
Évolutions du PTP : les nouveaux critères Transitions Pro
Le Projet de Transition Professionnelle (PTP), anciennement connu sous le nom de CIF (Congé Individuel de Formation), permet à un salarié de s'absenter de son poste pour suivre une formation longue en vue d'accéder à un métier différent. Il est instruit par les associations Transitions Pro (ATpro) dans chaque région.
Durcissement des critères de sélection
Face à la contrainte budgétaire, les Transitions Pro ont durci leurs critères de sélection. En 2026, les projets qui ont le plus de chances d'être validés sont ceux répondant à plusieurs caractéristiques :
- Une reconversion vers un métier en tension ou en forte croissance dans la région ;
- Un projet de formation débouchant sur une certification de niveau RNCP cohérente avec la trajectoire professionnelle ;
- Un dossier préparé avec l'accompagnement d'un CEP (Conseiller en Evolution Professionnelle) ;
- Un plan de financement qui mobilise également le CPF du salarié en complément du PTP.
L'articulation CPF-PTP renforcée
Une évolution notable est l'encouragement explicite par les Transitions Pro à mobiliser le CPF en complément du PTP. Concrètement, si votre formation coûte 12 000 euros sur deux ans, le PTP peut financer 10 000 euros et votre CPF couvrir les 2 000 euros restants (moins le reste à charge si applicable). Cette articulation est désormais intégrée dans les formulaires de demande PTP.
Nouvelles règles sur le maintien de salaire
Le taux de prise en charge du salaire pendant un PTP reste globalement inchangé (90 % du salaire brut pour les salaires jusqu'à 2 Smic, puis dégressif), mais les plafonds ont été revus et certaines conditions d'ancienneté clarifiées. Le salarié doit désormais justifier de 24 mois d'ancienneté en tant que salarié (consécutifs ou non), dont 12 mois dans l'entreprise actuelle.
Votre projet de reconversion peut-il bénéficier d'un PTP ou d'un autre dispositif ?
Un conseiller évalue votre éligibilité aux différents dispositifs de reconversion et vous accompagne dans la préparation de votre dossier.
Rappel sous 24h ouvrées — aucun engagement
Impact sur la démission-reconversion
Le dispositif démission-reconversion, lancé en novembre 2019, permet à un salarié démissionnaire de bénéficier de l'allocation chômage (ARE) s'il présente un projet de reconversion professionnelle validé. Ce dispositif est toujours en vigueur en 2026, mais son accès a été progressivement encadré.
Le rôle clé du CEP
Pour accéder à la démission-reconversion, le salarié doit obligatoirement avoir obtenu une attestation de projet d'évolution professionnelle sérieux auprès d'un opérateur du CEP (Conseil en Evolution Professionnelle). Cette étape, souvent perçue comme une simple formalité au début, est de plus en plus exigeante : les conseillers CEP demandent des justificatifs sérieux sur la faisabilité du projet et l'adéquation de la formation envisagée.
Les délais d'instruction allongés
Les Transitions Pro, chargées de valider les projets de démission-reconversion, traitent les dossiers dans des délais pouvant aller de 2 à 4 mois. Il est impératif d'anticiper ces délais et de ne pas démissionner avant d'avoir obtenu une décision favorable — sans quoi le bénéfice de l'ARE ne serait pas acquis.
Les formations éligibles
La formation envisagée dans le cadre de la démission-reconversion doit soit conduire à une certification professionnelle inscrite au RNCP, soit constituer un projet de création ou de reprise d'entreprise accompagné d'un business plan solide. Les formations courtes de moins de 6 mois sont de plus en plus difficilement acceptées sauf si elles s'inscrivent dans un parcours cohérent.
Ce qui ne change pas
Malgré les nombreuses évolutions, plusieurs éléments fondamentaux restent inchangés en 2026 :
- Le CPF continue d'être alimenté à hauteur de 500 euros par an pour les salariés à temps plein (et 800 euros pour les peu qualifiés), dans la limite d'un plafond de 5 000 euros (ou 8 000 euros) ;
- Le PTP garantit toujours le maintien du contrat de travail et la protection contre le licenciement pendant la formation ;
- Le bilan de compétences reste éligible au CPF et constitue souvent la première étape recommandée d'un projet de reconversion ;
- La VAE (Validation des Acquis de l'Expérience) est toujours un dispositif alternatif à la formation longue pour obtenir une certification professionnelle ;
- Les droits CPF ne sont jamais perdus en cas de changement d'employeur, de chômage ou de reconversion.
Calendrier des réformes 2024-2026
| Date | Mesure | Impact |
|---|---|---|
| Mai 2024 | Instauration du reste à charge CPF de 150 € | Tout salarié non exempté paie 150 € par formation |
| 2024 | Durcissement des plafonds horaires CPF | Réduction des coûts de certaines formations |
| 2025 | Renforcement des critères Transitions Pro | Sélection plus exigeante des projets PTP |
| 2025 | Articulation CPF-PTP encouragée | Les dossiers mobilisant les deux sont favorisés |
| 2026 | Révision des certifications éligibles RNCP/RS | Certaines formations déréférencées du CPF |
Dispositifs concernés par cet article